Réflexion sur le code (24/02/04)
Chapitre I : Le code de la déroute
La conduite est un sujet chaud qui anime les cœurs et les langues. C'est un thème polémique
qui inonde d'opinions contradictoires forums et programmes télévisés et qui contribue à noyer la
conscience portugaise dans un profond sentiment de fatalité devenu congénital. Pourquoi se borner
à être médiocre ? Pourquoi persévérer dans l'impasse, assassiner des centaines de personnes sur
les routes chaque année, suivre des règles inadéquates au développement d'une société moderne
? Tout simplement grâce à une formidable fierté (ou frustration) nationale du culte de
l'identité. La prétention et le matérialisme latins n'améliorent pas le constat alors que
l'isolement ibérique l'enfonce encore d'avantage. Cette identité est si présente dans la culture
actuelle locale qu'elle finit, comme un mal chronique, par s'auto-stimuler en élaborant toute une
trame de comportements délétères.
Dès lors que l'on aborde l'identité d'un peuple, on touche à sa culture et à son histoire. On se
réfère à sa politique et à ses électeurs, à ses coutumes et ses croyances. On parle donc d'un
ensemble. Qui doit-on, dans ces conditions, culpabiliser pour le massacre qui sévit jour après
jour sur les routes portugaises ?
La réponse classique est : les usagers qui ne respectent pas le code de la route. Elle est
acceptable et justifiée mais est-elle suffisante ? Le propre code de la route ne pourrait-il pas
par sa complexité et ambiguïté trahir le bon sens du conducteur ?
D'après l'article nº32 du code, tout indique que si... :
Article nº32
"Le conducteur d'un vélocipède, d'un véhicule à traction animale doit céder le passage aux
conducteurs de véhicules automobiles et cyclomoteurs, sauf dans les cas où ceux-ci sortent d'un
parking, d'une station essence ou de n'importe quel immeuble ou chemin particulier"
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Exemples où le véhicule automobile a
priorité sur le cycliste |
Dans ce cas particulier, le sabotage mental effectué par la loi sur les esprits résulte en une
déformation de la règle. L'article nº32 s'applique seulement aux jonctions et intersections non
signalisées mais certaines personnes, en dépit de la hiérarchie entre les prescriptions,
l'appliquent stupidement à tous les carrefours. En plus du réel danger que cela représente pour
les cyclistes, c'est une honteuse forme de ségrégation routière qui n'a pas d'équivalant en
Europe (voir : Le code et ses frontières).
Autre exemple de confusion signalétique sur cette photo :
Le rôle de la ligne blanche semble être d'empêcher le passage direct de la voie de gauche vers
la voie de décélération. L'idée est bonne mais abusive et complètement inefficace. Les
conducteurs ne se gênent pas pour franchir des doubles lignes blanches sur des routes à deux
voies, pourquoi renonceraient-ils à cette manœuvre de pacotille... Autre défaut pervers de cette
ligne blanche : elle contribue à l'augmentation du stress dû au syndrome de l'autoroute.
Syndrome de l'autoroute : Maladie des usagers du système autoroutier portugais caractérisée
par :
- l'utilisation de vitesses anormalement élevées (entre 150 et 200km/h) ou faibles (entre 40 et
90km/h)
- l'irrésistible besoin de coller au cul des véhicules qui circule devant, surtout sur la voie de
gauche
- l'abus frénétique des appels de phares pour chasser les parasites qui occupent la voie de gauche
(ceci même si le parasite est le dernier d'une file de 200 parasites ou lorsque le parasite se
trouve à 300m et qu'il s'apprête à se rabattre après un dépassement)
- l'occupation royale de la voie de gauche alors que la voie de droite est libre depuis des km
- la trêve dominicale ou étourdissement généralisé provoqué par l'accumulation de toxines aux
effets de stupéfiants tout au long de la semaine
Je vous laisse imaginer ce que cette ligne blanche peut avoir comme conséquences. Malgré le
doute et l'hésitation, le conducteur peut facilement être amené à faire un choix entre respecter
une règle ou assurer sa sécurité et celle d'autrui ou aussi la fluidité du trafic, notamment
lors d'un dépassement ou du rattrapage d'un véhicule plus lent. La contradiction est profonde dans
un milieu où la loi dit pourtant que :
Article nº3
"les personnes doivent s'abstenir de tout acte difficultueux ou qui pourrait empêcher la
circulation ou pouvant nuire à la sécurité ou à la tranquillité des usagers de la route."
Le fait est que les automobilistes apprennent dès l'auto-école à être de vrai fléaux pour la
sécurité des autres conducteurs. Il est très rare de surprendre un véhicule d'apprenti dépasser
les 30km/h en ville ou s'aventurer sur voie rapide... encore moins d'adopter une conduite
transparente, adaptée à la circulation ambiante. La faute aux professeurs qui enseignent aux
jeunes la conduite comme au temps de leurs aïeux, à l'époque où tout le monde roulait en
carriole, à la même vitesse. Pour illustrer le niveau d'irrévérence associé à l'apprentissage
de la conduite, il suffit de dire qu'il est possible de voir des élèves (avec le moniteur à ses
côtés) conduire en parlant au téléphone portable (si, si, je vous assure....)
Il faut néanmoins admettre que le métier de moniteur d'auto-école est un métier difficile dans
un pays où il faut systématiquement et à chaque intersection tenter de découvrir un indice pour
découvrir si l'on a le droit de passer en premier, effectuer rapidement une mélasse de
géométrie, physique et calcul mental pour déterminer si l'on peut passer en premier et finalement
jauger son niveau d'inconscience pour décider si l'on va réellement passer en premier.
L'absence de signalisation horizontale aux croisements et jonctions étant une triste réalité, la
conduite urbaine se résume à une constante et désespérante chasse aux panneaux.
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Parfois on les trouve, parfois non
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Une jonction approche sans qu'aucune
signalisation ne soit visible. Le véhicule encerclé
sert de référence pour l'image suivante. |
La jonction est déjà derrière
nous lorsqu'on aperçoit le panneau. |
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Derrière l'utilitaire se cachait le chenapan ! |
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Parfois on en trouve même deux |
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| Après tout, ils sont presque pareils... |
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Ou parfois on tombe sur un vicieux qui en cache un autre |
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La limite à 50km/h en agglomération est un autre exemple de mauvaise application d'une loi,
cette fois-ci par rapport à la culture portugaise en matière d'expansion urbaine et territoriale.
En effet, le système portugais de division territoriale fonctionne sur le modèle de la
ville-canton (cidade-concelho) ou ville-département (cidade-distrito) contrairement au système
français où, mis à part Paris (75) et la notion Communauté Urbaine, une ville ne prend jamais
une dimension territoriale au delà de son domaine communal. Cette différence se note très
nettement sur l'occupation des sols des deux pays. On peut dire qu'en France l'expansion urbaine se
développe à partir du centre de chaque ville ou village, laissant les voie de communications
inter-communales pratiquement dégagées de toute habitation. Au Portugal l'expansion s'opère
dispersement sur tout le territoire d'une ville-canton, généralement à proximité des voies de
communications inter-communales.
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Expansion urbaine française |
Expansion urbaine portugaise |
Voyez le résultat sur les cartes (la marge d'erreur du calibrage entre les deux cartes est
suffisamment faible pour pouvoir les comparer) de deux zones de province à proximité d'une ville
moyenne (entre 50000 et 70000 habitants).
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Colmar (68) et ses alentours |
Aveiro et ses alentours |
cliquez sur les images pour les agrandir
On remarque bien que dans le cas de Aveiro, les routes sont étouffées par la densité
démographique. Dans la majorité des cas ce sont des routes secondaires en pavé et étroites qui
ne permettent pas une vitesse supérieur à 50km/h mais les routes nationales bitumées où il est
facile de dépasser la limite autorisée subissent le même sort... Malheureusement le cas d'Aveiro
n'est pas une exception et la plupart des routes nationales côtoient en permanence des zones
d'habitations comme par exemple la EN13 qui, entre Moreira da Maia et Vila do Conde est presque
toujours limitée à 50km/h alors que la moyenne usuelle doit s'y situer entre 70 et 100km/h...
Dans l'état actuel des comportements, du réseau routier et de la prise de conscience des
autorités, la limite à 50km/h est une vraie utopie à laquelle seuls des fous pourraient croire.
En attendant, lorsque quelqu'un meurt sur un passage pour piétons, les fous ne trouvent rien de
mieux à faire que de l'effacer au rouleau et à la peinture noire. Simple, efficace et bon pour les
statistiques !
Le débat ne repose pas sur l'application ou non d'une limite de vitesse en agglomération car il
est clair que les piétons et les riverains doivent être protégés de la manière la plus
rigoureuse qui soit. Le débat concerne l'ambiance malsaine qui règne sur les routes portugaises
due à de comportements inacceptables, c'est certain, mais aussi et surtout à un système qui n'a
pas de scrupules à mettre en vigueur des lois qui n'ont aucune chance d'être respectées. C'est le
discrédit complet de la part des usagers vis-à-vis des règles de conduite. L'infraction devient
la règle et le respect mutuel disparaît pour laisser place au stress. La violence s'installe, les
accidents se succèdent. Les premières victimes tombent et c'est une guerre civile qui commence.
Chapitre II : Le code et ses frontières
Nous l'avons vu plus haut, l'article nº32 du code de la route portugais exclut les vélocipèdes
de la règle générale de la priorité à droite. En fait, l'abominable article retire aux
cyclistes toute priorité dès lors qu'il n'y a pas de panneaux pour indiquer l'ordre de passage
(sauf dans les cas spécifiés par l'alinéa a) de l'article nº31). Cette mesure est relativement
bien acceptée par la société portugaise et contestée (du moins publiquement) seulement depuis
peu de temps par la FPCUB (Fédération Portugaise de Cyclotourisme et des Usagers de la
Bicyclette). Selon des critères internationaux, cette restriction représenterait tout simplement
le sommet de l'infamie dans une ère ou la bicyclette est vouée à reconquérir sa place sur la
route.
Le retard du Portugal dans ce domaine est d'autant plus marquant lorsqu'on connaît son désir
maladif de s'affirmer démesurément auprès de la communauté internationale. Après 20 ans d'Union
Européenne, une exposition universelle (1998), un championnat d'Europe des nations de football
(2004), une capitale de la culture (Porto 2001), une candidature pour accueillir la Coupe de l'America
et même un sommet de la guerre aux Açores, l'excuse d'être un pauvre petit pays coincé entre
l'océan et l'Espagne tourne un peu au ridicule. Pendant que le pays s'abandonne à son sort, le
temps passe et le retard s'élargit. On prend à peine conscience de la limitation de l'article 32
au Portugal alors que plus au nord on en est à revendiquer la substitution de l'arrêt obligatoire
aux feux rouges par une permission de passage si la voie est libre ou l'autorisation de circuler à
contresens dans les voies à sens unique ou encore l'autorisation de pouvoir utiliser les couloirs
réservés aux bus, etc...
La comparaison qui suit a été faite dans le seul et unique but de démontrer que le Portugal
est certainement le seul pays européen à appliquer une règle aussi primitive que l'article
32. Par la suite s'y est ajouté un désir d'analyser plus exhaustivement les divers droits et
devoirs du cycliste de différents pays dont la langue a été le principal critère de sélection.
L'interprétation des lois, souvent difficile, est personnelle et suit le critère : "sans
nuire aux autres règles, ce qui n'est pas interdit, est autorisé" mais il fut parfois
difficile de tirer des conclusions fiables notamment en ce qui concerne le remonte-file.
Le sujet le moins ambigu est la priorité, toujours à droite appliquée a tout les type de
véhicules motorisés ou non.
Les sujets les moins clairs sont l'obligation et exclusivité des pistes cyclables ainsi que l'usage
des aires piétonnes, trottoirs et couloirs-bus.
Parties communes ou par défaut :
- La priorité à droite est une règle commune à tous les pays "visités" mis à part
le Royaume Uni.
- Les pistes cyclables sont obligatoires et réservées aux vélos
- Les aires piétonnes sont interdites ou tenant son vélo à la main
- Les trottoirs sont interdits sauf en tenant sont vélo par la main
- Les couloirs bus sont interdits
- Rouler à deux de front est permis sauf par mauvaise visibilité (nuit)
ou si un usager demande le passage
- Le remonte-file est interdit à droite et autorisé à gauche si considéré comme dépassement
(conclusion très personnelle)
- L'équipement obligatoire comprend une sonnette (la portée exigée varie de 20 à 50m), des
catadioptres à l'arrière (rouges), à l'avant (blanc) et dans les roues (oranges), des feux de
position avant (jaune ou blanc) et arrière (rouge) la nuit ou quand la visibilité est insuffisante
Portugal
- Priorité : Le conducteur d'un vélocipède, d'un véhicule à
traction animale doit céder le passage aux conducteurs de véhicules automobiles et cyclomoteurs,
sauf dans les cas où ceux-ci sortent d'un parking, d'une station essence ou de n'importe quel
immeuble ou chemin particulier. (art.32)
- Dépassement : Il faut se certifier qu'il n'y ait aucun risque
d'entrer en collision avec
les véhicules qui roulent dans le sens de la marche ou en sens inverse
(art.38). Cet article est une vraie incitation à doubler lorsque un cycliste approche en sens
inverse.
- Remonte-file : Il est interdit de rouler entre deux rangées de
véhicules. (art.88)
- Distance latérale de sécurité : Non spécifiée.
- Pistes et bandes cyclables : Accessibles aux véhicules à remorque.
(art.75)
- Deux de front : Interdit. (art.88)
- Divers : Le transport de passagers à bicyclette est interdit.
(art.89)
France
- Dépassement : Il faut s'assurer que la manœuvre soit faite sans danger en tenant compte
des distances latérales de sécurité (R414-4)
- Distance latérale de sécurité : 1m en agglomération (1,5m hors
agglomération) (R-414-4)
- Remonte-file : Interdit à droite et à gauche. (R412-24)
- Pistes et bandes cyclables : Non obligatoires et réservées aux
seuls vélos (sauf dérogation autorisant les cyclomoteurs). (R431-9)
- Aires piétonnes : Accessibles aux vélos (en roulant aux pas et en
ne gênant pas les piétons). (R-431-9)
- Trottoirs : Autorisé aux enfants de moins de 8 ans. (R412-34)
- Divers : Il est interdit d'accrocher son vélo au mobilier urbain en
dehors des équipements spécialement destinés à cet usage
Belgique
- Priorité : Lors de changements de direction il faut céder le passage aux autres
conducteurs et piétons qui circulent sur les autres parties de la même voie publique. (19.4)
- Dépassement : Il faut que la voie soit libre sur une distance suffisante pour éviter
tout risque d'accident. (16.4)
- Distance latérale de sécurité : 1m. Il est interdit de mettre en
danger un cycliste qui se trouve sur la voie publique dans les conditions prévues par le
règlement. (40ter)
- Trottoirs : Autorisé aux enfants de moins de 9 ans. (22qui)
- Couloirs bus : Permis en file. (43.2)
- Divers : Il est interdit aux conducteurs de bicyclettes de rouler en
tenant un animal en laisse. (43.1)
Suisse
- Dépassement : Il est interdit de dépasser ou de tenter de dépasser lorsque cette manœuvre
peut être de nature à mettre en danger ou à gêner la circulation venant en sens inverse. (35)
- Remonte-file : Autorisé à gauche (interdit pour les motocyclistes). (47)
- Distance latérale de sécurité : Non spécifiée.
- Deux de front : Interdit. (46)
- Divers : La vignette d'assurance est obligatoire pour les
bicyclettes. (18)
Luxembourg
- Dépassement : Il est interdit de dépasser ou de tenter de dépasser lorsque cette manœuvre
peut être de nature à mettre en danger ou à gêner la circulation venant en sens inverse. (126)
- Remonte-file : Autorisé à droite et à gauche. (128)
- Distance latérale de sécurité : Non spécifiée.
- Divers : Les cyclistes roulant en groupe ne peuvent pas se toucher.
(160)
Italie
- Dépassement : Il est interdit de dépasser ou de tenter de dépasser lorsque cette manœuvre
peut être de nature à mettre en danger ou à gêner la circulation. (148)
- Distance latérale de sécurité : Non spécifiée.
- Deux de front : Interdit. (182)
Espagne
- Priorité : Lors de changements de direction il faut céder le passage aux cyclistes.
(64)
- Dépassement : Il est interdit de mettre en danger les cyclistes qui roulent en sens
inverse. (85)
- Distance latérale de sécurité : 1,5m hors agglomération.
- Divers : Le port du casque est obligatoire (sauf pour les cyclistes
professionnels). (118)
Royaume-Uni
- Priorité : Il n'y a pas de règle générale. Ce sont les panneaux qui comptent ainsi
que la catégorie de la voie sur laquelle on circule.
- Dépassement : Il faut que toutes les conditions de sécurité soient réunies. (139)
- Remonte-file : Autorisé à droite et à gauche (57)
- Distance latérale de sécurité : Le même espace que pour une
voiture. (139)
Québec
- Priorité : Le concept de priorité est associé à l'ordre de passage : c'est le premier
véhicule entré dans l'intersection qui a la priorité. (370)
- Dépassement : Il faut céder le passage aux véhicules qui circulent en sens inverse
(320)
- Deux de front : Interdit (486)
- Distance latérale de sécurité : Non spécifiée.
- Divers : Les groupes cyclistes sont limités à 15 personnes. (486)
Brésil
- Priorité : Les cycles bénéficient de la priorité sur les véhicules motorisés. (58
et 29)
- Dépassement : Il ne faut pas mettre en danger ou gêner les usagers qui circulent en
sens contraire.
- Distance latérale de sécurité : Non spécifiée.
- Divers : Le rétroviseur à gauche est obligatoire. (105)

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